samedi 13 décembre 2014

Les Trésors Cachés de Fu Manchu

Voyageurs avides de mystères, pénétrez dans mon antre et découvrez les trésors cachés de mes pérégrinations au cœur de l’Âge d’or. Gemmes rares et oubliées, elles n’en ont pas moins gardé une grande valeur. Ici, ne cherchez pas la lune, vous y trouverez des étoiles…


BACK STREET

Film de 1932, réalisé par John M. Stahl, avec Irene Dunne et John Boles.



L’histoire : une femme, éperdument amoureuse d’un homme marié, devient sa maîtresse mais est condamnée à vivre perpétuellement dans l’ombre.

Back Street nous plonge dans le charme suranné de ces vieux films des tout-débuts du parlant, impression renforcée par l’époque dépeinte : en 1900, Ray Schmidt, une jeune femme vive, épanouie et qui entend profiter de sa vie à pleines dents, tombe amoureuse… Las, après plusieurs malentendus, l’homme qu’elle aime en épousera une autre, et quand il reviendra dans sa vie, elle sera confrontée au choix de se contenter d’être sa maîtresse, ou de le perdre à jamais.

Ce film nous propose donc une ambiance très particulière, et très réussie – typiquement « pré-code », puisque l’on est quand même amené à prendre fait et cause pour une relation adultère. Irene Dunne, dans le rôle de Ray Schmidt, est remarquable, sachant interpréter les évolutions de son personnage tout en finesse : la jeune fille enjouée des débuts, la femme délaissée puis la vieille dame digne et mélancolique.

Car il y a en effet une certaine mélancolie qui se dégage de l’œuvre, qui montre une femme résignée à son sort et qui assumera jusqu’au bout les conséquences de son choix. Le plus intéressant est qu’il n’y a pas de « méchants » dans cette histoire : ni Ray, maîtresse d’un homme marié mais tellement attachante ; ni cet homme, que l’on pourrait penser cruel et détestable mais qui semble plutôt coincé par les aléas de la vie ; ni, non plus, la famille de cet homme… La fin du film n’en est d’ailleurs que plus belle et émouvante.


EASY LIVING – La vie facile

Film de 1937, réalisé par Mitchell Leisen, avec Jean Arthur, Edward Arnold et Ray Milland.



L’histoire : une jeune femme pauvre est prise par erreur pour la maîtresse d’un riche homme d’affaires, et se voit comblée de cadeaux pour gagner ses faveurs.

Place ici à une screwball comedy des plus drôles portée par une Jean Arthur au meilleur de sa forme, incarnant une « working girl » sympathique et désargentée face au tout puissant businessman interprété par Edward Arnold. Le film est emmené sur un rythme effréné où les situations les plus improbables s’enchaînent, quiproquo après quiproquo : Jean Arthur sera ainsi prise pour l’amante d’Arnold, et sera assaillie de cadeaux aussi incongrus les uns que les autres par ceux qui espèrent gagner les faveurs du businessman.

Comme souvent dans les comédies de l’époque, le rire est amené par le décalage entre les situations sociales des principaux protagonistes et leurs attitudes globalement opposées : le rêve du personnage de Jean Arthur est de posséder un chien, elle récupère un manteau de fourrure ; elle vit dans un logement très bon marché mais se voit invitée dans un palace, etc.

Jean Arthur révèle encore une fois tout son talent comique dans cette comédie débridée, marquée par des scènes cultes, comme la fameuse scène du téléphone, qui constitue une vraie performance d’actrice.


STAGE DOOR – Pension d’artistes

Film de 1937, réalisé par Gregory La Cava, avec Katharine Hepburn, Ginger Rogers et Adolphe Menjou.



L’histoire : les hauts et les bas des habitantes d’une pension pour comédiennes, qui tentent de réaliser leur rêve de devenir des actrices célèbres.

Stage Door est un subtil mélange de comédie et de drame, racontant les affres des jeunes filles arrivant à New York pour y devenir comédiennes. L’ambiance de la pension pour jeunes femmes y est très bien rendue et très intéressante, entre petites chamailleries, rivalités mais surtout, amitiés et solidarité.

Katharine Hepburn joue une fille de la haute société espérant percer en tant qu’actrice, cependant ses manières « snob » lui jouent des tours et lui valent les railleries des autres filles. S’oppose à elle toute la gouaille comique de Ginger Rogers, que j’ai découverte et beaucoup aimé dans ce film, et qui délivre réplique culte sur réplique culte – pour lesquelles on ne peut que remercier le talent des scénaristes. La scène de rencontre des deux actrices, notamment, est particulièrement drôle.

Le film tend pourtant à s’assombrir car, loin de rester une simple comédie, il insiste sur le caractère précaire de ces jeunes femmes, qui sont « convoitées » par les hommes qui ont le pouvoir de leur octroyer un rôle, et doivent supporter la pression d’échecs répétés. Avant qu’enfin, vienne l’opportunité de leur vie…



mercredi 10 décembre 2014

ONLY ANGELS HAVE WINGS – Seuls les Anges ont des ailes

Réalisation : Howard Hawks
Société de production : Columbia Pictures
Genre : Aventure
Durée : 121 minutes
Date de sortie : 15 mai 1939 (USA)
Casting :
Cary Grant : Geoff Carter
Jean Arthur : Bonnie Lee
Rita Hayworth : Judith « Judy » MacPherson
Richard Barthelmess : Bat MacPherson
Thomas Mitchell : « Kid » Dabb
Allyn Joslyn : Les Peters
Sig Ruman : John « Dutchy » Van Reiter


L’HISTOIRE

Une jeune femme débarque dans une petite ville portuaire d’Amérique du Sud, où elle fait la connaissance des aviateurs qui assurent le transport du courrier au-delà de la Cordillère des Andes, dans des conditions épouvantables et souvent très dangereuses.

L’AVIS DE FU MANCHU

Aujourd’hui voit le retour de Jean Arthur sur Films-Classiques, puisqu’après Mr. Smith goes to Washington où elle était associée à James Stewart, la voici avec Cary Grant dans un film sorti la même année, Only Angels have wings (Seuls les Anges ont des ailes).



Cette fois-ci, pas d’intrigue politique au menu, mais une plongée dans un monde exotique et impitoyable, celui des aviateurs de l’Aéropostale chargés de transporter le courrier dans les Andes. Cette immersion dans ce monde « d’hommes » est rendue de manière très intéressante dans le film, où l’on suit le personnage de Bonnie Lee (Jean Arthur), musicienne dont le bateau a fait escale dans ce petit port d’Amérique du Sud, découvrir la ville, ses habitants, son exotisme et, finalement les seuls autres Américains présents sur place : les aviateurs. Avec elle, on découvre le quotidien de ces hommes rudes, courageux, risquant leur vie pour mener à bien leur mission, comme désabusés par leur sort incertain mais prêts à continuer leur travail coûte que coûte…
Dans cet univers, peu de place est faite aux femmes, ni aux sentiments : pourquoi s’engager quand tout peut disparaître d’une minute à l’autre ? Forcés de continuer à vivre après la mort d’un des leurs, les aviateurs l’oublient comme s’il n’avait jamais existé : façade impitoyable, mais cœur lourd, car il faut bien continuer à vivre, et y retourner, encore et encore, dès que retentit l’appel…



Geoff Carter (Cary Grant), le patron des aviateurs et le meilleur d’entre tous, est l’incarnation de l’aventurier, rude, misogyne, passionné par son travail mais qui ne l’abandonnerait pour rien au monde. Cary Grant l’interprète de très grande manière, donnant au personnage une profondeur qui va au-delà de son cynisme et de sa goujaterie du premier abord : c’est à un homme blessé que l’on a affaire, rongé par les pertes humaines (la mort de ses confrères aviateurs, dont il se sent responsable) et sentimentales (la traîtrise de la femme qu’il aimait), et se protégeant par son machisme et une insensibilité de façade pour éviter de souffrir à nouveau.

Face à lui, Jean Arthur est Bonnie Lee, l’étrangère à ce monde, la femme normale à qui l’on va s’identifier et qui nous permet d’entrer dans le film. Comme elle, l’on va d’abord être choqué par l’absence d’humanité dont semblent faire preuve ces hommes, puis comme elle, on va les comprendre et les estimer. Sûre d’elle, pleine de vie, elle se fait rapidement accepter par les hommes qui l’entourent, et le potentiel comique de Jean Arthur réapparait le temps de quelques scènes pour alléger l’atmosphère du film (le piano, la scène du bain). Son alchimie avec Cary Grant prend peu à peu forme, et, pleine de surprises, c’est elle qui décide de rester pour tenter l’aventure d’une romance avec lui.

Dans ce film, deux personnages féminins se font d’ailleurs face : Bonnie Lee (Jean Arthur), la femme forte, capable de prendre ses propres décisions, voyageant seule, sûre d’elle et déterminée à se faire respecter en tant que femme. Et Judy (Rita Hayworth), la belle jeune femme, plus effacée, dans l’ombre de son homme et prête à y rester. Entre les deux, le film se positionne clairement, et seule une femme comme Bonnie était à même de séduire à nouveau un Geoff désabusé par la gent féminine et ne s’en cachant pas.

Centré sur Jean Arthur dans sa première partie, le film s’intéresse beaucoup plus aux pilotes dans la deuxième, avec l’arrivée d’un personnage très intéressant : Bat MacPherson (Richard Barthelmess), le traître, honni par ses pairs, mais dont la petite entreprise a désespérément besoin pour survivre. Calme, taiseux, il accepte sans broncher les missions les plus dangereuses, et rachète par son courage ses erreurs passées : symbole de ces hommes qui, perdus au milieu d’un monde étranger, sont comme forcés de tirer un trait sur le passé pour se fixer sur leur (court) avenir…

Symboliques aussi de ce monde enchanteur et sans pitié, telle la jungle sud-américaine, les scènes des musiciens placées au début et à la fin du film : cette musique douce et exotique, qui enchante Jean Arthur au début du film, a une résonance beaucoup plus mélancolique quand le film prend fin, comme une parenthèse dans ce monde si particulier qui se referme : lancinante, la mélopée semble pleurer les morts et célébrer le courage de ces aventuriers décidément hors du commun.



Conclusion

Only Angels have wings nous offre donc un film d’aventure très bien construit, nous plongeant dans le quotidien de ces hommes rustres puis nous montrant la part d’humanité qu’il reste encore en eux, et qui les aide à tenir dans cet endroit coupé du monde. Cary Grant porte le film côté masculin, bien entouré par de très bons rôles secondaires, et Jean Arthur montre encore une fois quelle actrice unique elle était…


NOTE : 8,5/10


dimanche 30 novembre 2014

TOP 5 : ELEANOR PARKER


Après Lauren Bacall en août, c’est au tour d’Eleanor Parker (1922 – 2013), l’actrice « aux mille visages [1] », de se voir consacrer sur ce blog une rétrospective de ses meilleures prestations. Ayant à son actif des rôles dans une large panoplie de films, du mélodrame à la comédie musicale en passant par le western, le film d'aventure ou de cape et d'épée, elle était capable de jouer aussi bien une jeune fille timide et effrayée qu'une femme forte et dominatrice. 


N°5 : MARY MCLEOD dans Detective Story



Un film de William Wyler (1951), avec Eleanor Parker, Kirk Douglas, William Bendix et Cathy O’Donnell.

Son histoire : Alors que son époux, le détective Jim McLeod, s’acharne contre un médecin avorteur, la candide Mary lui cache qu’elle-même a subi un avortement…

Si Kirk Douglas donne toute sa matière à Detective Story, tant son personnage domine par sa psychologie manichéenne et sa violence contenue, Eleanor Parker l’enrichit en campant son épouse douce et fragile. Cette relation d’antagonistes est le pivot du film : ce huis-clos d’une journée fait transparaître l’histoire commune du couple en mettant les deux acteurs face à face.

Eleanor excelle dans ce type de rôle, qui se rapproche d’une « demoiselle en détresse » et valorise sa force émotionnelle, une de ses marques de fabrique. Je regrette cependant qu’elle ne tienne pas plus de place dans l’intrigue : même si elle a été nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice, c’est clairement un (bon) second rôle.


N°4 : RUTH HARTLEY dans Pride of the Marines

Un film de Delmer Daves (1945), avec Eleanor Parker et John Garfield.

Son histoire : Lors de la bataille de Guadalcanal, le marine Al Schmid est blessé et aveuglé. Par orgueil, il refuse de revenir dans sa ville natale où l’attendent sa famille et sa fiancée, Ruth…

Comme dans Detective Story, le récit se concentre sur un protagoniste masculin, Al Schmid, interprété par John Garfield. Ayant pour objet l’impact de la guerre sur la vie des soldats rescapés, Pride of the Marines narre avec brio le tournant que constitue pour le héros son aveuglement, dû à l’explosion d’une grenade.

Proche par son contexte de The Best Years of Our Lives, ce film, qui lui est antérieur, va plus loin dans son approche du soldat infirme. Là où le personnage du manchot et sa relation avec sa fiancée ne sont abordés qu’en surface dans le film de Wyler, Pride of the Marines  explore les doutes existentiels d’un homme touché dans sa fierté : la blessure de Schmid est à la fois physique (son aveuglement change sa façon de percevoir le monde) et psychologique (désorienté, il se sent inutile et craint plus que tout d’être un poids pour les siens).

Dans ce beau film, basé sur la vie du « vrai » Al Schmid, le personnage d’Eleanor, Ruth Hartley, est particulièrement touchant. Eleanor compose une femme à la fois douce et déterminée, ce qui la rend plus passionnante que la Mary McLeod de Detective Story. Symbole de la force du personnage, cette scène absolument sublime où, sur un plan large d’un hall de gare, la jeune femme devance de quelques pas son fiancé qui, guidé par un frère d’armes, la suit sans le savoir…


N°3 : MARIE ALLEN dans Caged



Un film de John Cromwell (1950), avec Eleanor Parker et Agnes Moorehead.

Son histoire : Complice de son époux dans un vol à main armée qui a mal tourné, la jeune Marie Allen est incarcérée dans une prison pour femmes. Veuve, enceinte et d’un naturel innocent, elle est confrontée à la cruauté des gardiennes et des autres prisonnières…

Film éprouvant mais de grande qualité, Caged semble proposer un rôle à contre-emploi à l’interprète de Mary McLeod et Ruth Hartley. On imagine mal une jeune femme au regard doux et à la voix timide figurer dans une prison aux côtés de femmes dures et à la forte carrure. C’est pourtant le pari que réussit Eleanor.

Sa Marie Allen est d’abord d’une candeur à faire fondre n’importe quel glacier des Alpes. Le contraste avec les vicissitudes d’une vie carcérale est saisissant. Mais si le film nous montre cette innocence non feinte, c’est justement pour mieux retranscrire l’évolution du personnage de Marie : dès son entrée dans cette prison quasi-vivante et videuse d’âme, son destin est tracé.

Eleanor, dont l’atout est de parvenir à saisir l’émotion juste, montre ici qu’elle sait composer à la perfection des femmes torturées, dans un rôle dramatique qu’une Bette Davis ne renierait pas. Ou presque : elle l’a décliné...


N°2 : ELIZABETH RICHMOND dans Lizzie


Un film de Hugo Haas (1957), avec Eleanor Parker, Richard Boone et Joan Blondell.

Son histoire : Atteinte de fréquents maux de tête et insomniaque, Elizabeth reçoit des lettres de menaces d’une certaine Lizzie. Le psychiatre qui lui vient en aide découvre qu’elle possède trois personnalités séparées : Elizabeth, l’introvertie, Lizzie, la dévergondée, et Beth, la bienveillante…

Lizzie. Pas Lizzie Bennet. Non. Lizzie tout court. Dans ce thriller psychologique, Eleanor renoue avec le jeu d’actrice complexe de Caged. Mais en 1957, l’actrice a grandi, et avec elle son talent. Car ce n’est pas une, mais trois Eleanor que nous avons devant nous avec Lizzie.

J’ai vu ce film il y a peu, après l’avoir longtemps cherché, et je n’ai pas été déçu de l’attente. Plutôt que d’explorer l’ensemble des possibilités liées à la détention de plusieurs personnalités, le film se concentre (à juste titre) sur un seul aspect : la description du comportement pathologique d’Elizabeth. Il repose donc entièrement sur la performance de son actrice principale.

Et ça marche, le mérite en revenant à une Eleanor brillante : le passage d’une facette à l’autre lui permet de livrer une palette variée et nuancée d’expressions et de tonalités antagonistes. Je retiens par exemple cette scène où Elizabeth se lève, va couper la musique d’ambiance avant de se poster devant une fenêtre ; mais quand elle se retourne, c’est à une Lizzie au sourire dément que le spectateur fait face…


N°1 : MARJORIE LAWRENCE dans Interrupted Melody


Un film de Curtis Bernhardt (1955), avec Eleanor Parker et Glenn Ford.

Son histoire : Depuis son Australie natale jusqu’en Europe et en Amérique, Marjorie, une jeune cantatrice australienne, grimpe une à une les marches qui la mènent à la célébrité. Mais lorsqu’elle est atteinte de la polio, sa carrière est subitement brisée…

C’est peu dire que je ne suis pas un amateur d’opéra. Quant aux comédies musicales, je n’apprécie que celles qui ne se reposent pas entièrement sur la qualité de leurs passages dansés et/ou chantés. Et pourtant…

C’est dans Interrupted Melody, basé sur la vie de la soprano Marjorie Lawrence, qu’Eleanor Parker m’a le plus ébloui. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est dans ce film précisément que l’actrice développe le plus la multiplicité de facettes qui fait son succès. Si dans Lizzie, elle joue plusieurs personnages en un, Interrupted Melody lui permet de varier son jeu de manière encore plus subtile, grâce à un scénario en deux parties bien distinctes, et bien aidée par la diversité bariolée des costumes d'opéra, qui la transforment physiquement d'une scène à l'autre.

La vie fournie de la chanteuse d’opéra est source d’inspiration pour  le talent d’Eleanor, qui en explore les différentes phases : la jeunesse débordante de vie, pour laquelle elle rejoue une ingénue, en tempérant sa candeur par un certain enthousiasme ; la femme séduisante et amoureuse, au caractère bien trempé, proche de son personnage un peu « frippon » dans Scaramouche, un film de cape et d’épée ; et surtout la femme à la carrière brisée. 

Ce dernier aspect de son jeu est le plus marquant, tant elle arrive à dégager de la force dans sa faiblesse : loin du ton timide d’une Mary McLeod, sa voix exprime alors rage et frustration, et l’on découvre alors tout le charisme dont cette actrice est capable. Ce charisme est présent également dans les nombreuses scènes d'opéra, où Eleanor, bien que doublée, parait très crédible dans sa façon de chanter.

Si Pride of the Marines et Lizzie sont ses films qui me parlent le plus, la prestation la plus réussie d’Eleanor Parker est donc sa Marjorie Lawrence d’Interrupted Melody.


[1] D’après le titre de sa biographie, Eleanor Parker: Woman of a Thousand Faces (D. McClelland)


dimanche 23 novembre 2014

HOLIDAY - Vacances



Réalisation : George Cukor
Société de production : Columbia Pictures
Genre : Screwball comedy
Durée : 95 min
Date de sortie : 15 juin 1938 (USA)
Casting :
Katharine Hepburn : Linda Seton
Cary Grant : Johnny Case
Doris Nolan : Julia Seton
Lew Ayres : Ned Seton
Henry Kolker : Edward Seton
Edward Everett Horton : Professeur Nick Potter
Jean Dixon : Susan Potter




L’HISTOIRE

Après avoir rencontré lors de vacances à la montagne la riche Julia Seton, Johnny Case, jeune homme brillant issu d’un milieu modeste, est présenté à sa famille. Si son désir d’évasion et son manque d’ambition se heurtent au scepticisme du père, un banquier fortuné, ils rencontrent un fort écho auprès du frère alcoolique, Ned, et de la sœur cadette, l’excentrique Linda.


L’AVIS DE GENERAL YEN

Attention, coup de cœur ! Naviguant entre deux eaux, Holiday allie à la pureté comique des grandes screwball comedies les ingrédients d’une subtile romance, le tout donnant un film enthousiasmant. Bâti sur une réflexion autour du conformisme et de la liberté de choix des individus dans un monde où le succès professionnel passe avant l’épanouissement personnel, Holiday bénéficie d’une solide trame narrative, sur laquelle vient se superposer un humour finement ciselé.

Johnny et Julia se sont rencontrés avant même la scène d’ouverture, pendant leurs vacances, et donc, comme hors du temps. Le temps du film correspond à leur retour sur terre : le conte de fées est terminé, ils doivent maintenant apprendre à se connaître dans le monde « réel », celui où l’effet égalisateur des vacances au ski s’estompe et où leur altérité leur apparait au grand jour.

Holiday réunit deux des plus grands acteurs du Golden Age : Cary Grant et Katharine Hepburn. Plus que dans Bringing Up Baby et The Phildelphia Story, pourtant plus célèbres, ils dégagent une réelle alchimie en campant deux personnages que leur originalité rend tout à la fois touchants et attachants.

"Retire young, work old, come back and work when I know what I'm working for, does that make any sense ?"

Valeur sûre de la screwball comedy, Cary Grant répète une nouvelle fois un rôle à succès, dans la veine du Jerry Warriner de The Awful Truth, et qui porte le message du film. La force de Cary Grant est de distiller son comique de geste non seulement dans les scènes les plus propices au rire (des scènes de joie, ou la découverte d’un lieu surprenant par exemple), mais également dans des situations sérieuses (disputes, tristesse de son interlocutrice), ce qui crée un contraste cocasse particulièrement jouissif.


Katharine Hepburn, star fétiche du réalisateur George Cukor (Little Women, The Philadelphia Story, Adam's Rib), fait de son interprétation de Linda Seton un des sommets de sa longue carrière. Si Alice Adams est mon rôle préféré de l’actrice, sa prestation dans Holiday est la plus impressionnante et la plus aboutie.

Personnage haut en couleur, Linda est une jeune femme en conflit avec sa famille, sans pourtant la renier : elle adore sa sœur, mais supporte mal la froide ambition de son père. Se définissant comme le « mouton noir » de la famille, elle rêve d’évasion en se retranchant dans son « refuge », une pièce aménagée par une mère trop tôt disparue. Ce havre de paix est un petit foyer d’humanité au cœur d’une demeure au luxe démesuré (magnificence et gigantisme) et inutile (l’usage de l’ascenseur pour monter au premier étage). Chambre « cosy » fournie en livres et en fauteuils moelleux, réchauffée par un feu brûlant dans l’âtre de pierres, le refuge est à l’image de l’âme et des désirs de Linda.















"I never could decide whether I wanted to be Joan of Arc, Florence Nightingale, or John L. Lewis."

"Looks like me ?"
Ce que j’aime dans ce rôle, c’est la façon qu’à Kate Hepburn d’exprimer l’émotion toute dramatique de Linda sans gâcher un immense potentiel comique, ce qui fait son charme. De sa voix un peu nasillarde, quoiqu’elle n’atteigne pas l’effet produit par la « voix de canard » de Jean Arthur (Mr. Smith Goes to Washington), elle lance au spectateur toute sa fragilité, son mal-être, son désir d’altérité. Et malgré une certaine grandiloquence qui trahit la comédienne qui a foulé les planches de Broadway, sa performance laisse une trace indélébile, qui bénéficie au film tout entier.

Autour de ces deux stars, on trouve de très solides rôles secondaires qui enrichissent le film. Si Doris Nolan, qui joue Julia Seton, est un peu écrasée par le charisme des premiers cités, je décerne une mention spéciale à Lew Ayres, dont le rôle du frère victime des exigences paternelles est plus profond qu’il n’y parait (ses répliques sont parmi les plus fines), et surtout à Edward Everett Horton et Jean Dixon, qui forment le couple d’amis de Johnny, Mr. et Mrs. Potter. Totalement déjantés, ils incarnent ironiquement le bon sens et la raison, qu’ils dispensent à grands coups d’efforts comiques, comme lors de leur petit spectacle de marionnettes…




Conclusion

Holiday est le film de Katharine Hepburn que je cherchais tant. On a beau la présenter comme la plus grande actrice d’Hollywood, ses (bons) films n’arrivaient pas jusqu’alors à me transcender, malgré de superbes performances (Alice, tu n’y es pour rien). J’ai beaucoup apprécié Stage Door (avec Ginger Rogers) et Woman of the Year (avec Spencer Tracy), mais il me manquait le petit frisson supplémentaire, que m’apporte Holiday.

NOTE : 9/10





vendredi 7 novembre 2014

Les Petites Perles du Général Yen


S’en revenant d’un voyage au cœur des années 30, le Général Yen rapporte dans sa besace quelques jolies œuvres sauvées des eaux. Films souvent oubliés, mais pas sans qualités, ces « petites perles » trouvent leur juste place dans ce blog, au côté de nos films préférés.


TRADE WINDS – La Femme aux cigarettes blondes

Film de 1938, réalisé par Tay Garnett, avec Joan Bennett et Fredric March.

L’histoire : un détective privé fanfaron et coureur de jupons suit la piste semée de « cigarettes blondes » d’une femme accusée de meurtre.

Longue et belle croisière à travers le Pacifique, Trade Winds possède ce petit quelque chose en plus des « films de voyage » de l’avant-guerre. Comme un film que j’apprécie beaucoup, One Way Passage, avec Kay Francis et William Powell, il joue avec un charme exotique désuet qui rend son ambiance tout à fait irrésistible.

Comédie basée sur un scénario de drame – le meurtre d’un millionnaire et ses conséquences, le film joue habilement de cette tension entre le comique perçu par le spectateur et le tragique vécu par les personnages.

Côté acteurs, j’ai apprécié comme souvent la capacité de Joan Bennett à jouer à la perfection les personnages ambigus au fort potentiel de séduction, quand, face à elle, se dresse un Fredric March dans un rôle de Sherlock comique, sûr de lui, surprenant et insaisissable. Mention spéciale pour Ann Sothern en secrétaire rebelle, un des personnages féminins les plus drôles que j’ai pu voir, mises à part les perfs de l’incomparable Rosalind Russell.


ALICE ADAMS – Désirs secrets

Film de 1935, réalisé par George Stevens, avec Katharine Hepburn et Fred MacMurray.

L’histoire : au début du XXème siècle, une jeune femme de classe moyenne rêve de s’élever socialement en intégrant l’univers bourgeois d’une petite ville de l’Amérique profonde.

Au vu de son intrigue de départ, je ne pensais pas que ce film me plairait à ce point. Mais il possède un atout qui se résume en deux mots : Katharine Hepburn. Face à Fred MacMurray qui campe un blanc-bec sympathique mais encore éloigné du génie du Walter Neff de Double Indemnity, elle porte un film qui semble n’être fait que pour elle, tant elle l’illumine.

Par son jeu contrasté, qui peint toute la palette des émotions, des pleurs de l’enfant gâtée au courage de la grande dame, cette Alice Adams m’a totalement conquis. Ce personnage est très certainement mon préféré de Kate, devant même sa géniale prestation dans Holiday, film magique qui mérite que je lui consacre un jour un article. 

Alice Adams, c’est pour moi une Elizabeth Bennett en herbe. Aux portes d’un monde austenien, Alice s’efforce de ressembler à ses « amies » mieux loties qu’elle, et nous sont dévoilés ses doutes et ses peines, la rendant chaque minute plus charmante et attachante.  

En dehors de son héroïne, ce film est une jolie fable sociale, et gagne à être (re-)découvert.


JEWEL ROBBERY

Film de 1932, réalisé par William Dieterle, avec Kay Francis et William Powell.        

L’histoire : à Vienne, une jeune et riche aristocrate s’éprend d’un célèbre cambrioleur.

Classe et élégance tout du long avec cette pépite oubliée. Kay Francis s’avère délicieuse dans un rôle qui combine raffinement, fausse naïveté et séduction, tandis que William Powell confirme tout le bien que je pense de lui en jouant les gentlemen cambrioleurs, dans une nouvelle version réussie de son sempiternel personnage de dandy comique.

Jewel Robbery est pour moi la meilleure adaptation d’un scénario beaucoup utilisé à Hollywood à cette époque, à savoir la romance entre une riche dame et un voleur de bijoux. Dans ce registre, Kay Francis n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’elle incarne la même année un personnage très semblable dans Trouble in Paradise d’Ernst Lubitsch, qui, malgré une plus grande notoriété, reste pour moi en dessous de Jewel Robbery.

Ce film trouve grâce à mes yeux par l’alchimie de son couple star, qui me rappelle les envolées comiques et complices du duo Myrna Loy – William Powell, et une trame scénaristique bien construite, qui met parfaitement en valeur les personnalités de nos deux héros.