mardi 21 février 2017

TOP 5 : REALISATEURS DE L’AGE D’OR


Dégustant son thé vert citron d’une main, le Général Yen manie sa « plume » de l’autre pour porter son regard acéré sur les quelque cent cinquante cinéastes figurant sur sa liste. Nombreux sont les Grands et la lutte est rude, et le soleil a disparu de l’horizon lorsque son choix se porte finalement sur cinq noms, dont chacun mérite sa place au panthéon des réalisateurs. Et voici pourquoi.


N°5 : Alfred Hitchcock, maître de l’ombre


Hitchcock est le Maître, cela va sans dire, mais de là à le faire figurer dans mes cinq ? Ce n’était pas évident pour moi, d’autant qu’il n’a pas son pareil pour me frustrer, en particulier avec des fins abruptes et pas toujours satisfaisantes dans le feu du moment. Mais voilà, il me suffit de ne jeter qu’un seul coup d’œil à mes notes pour me rendre compte que quasiment tous ses films sont bons, et une majorité sont excellents. Même s’il m’a souvent manqué un « petit quelque chose en plus », ses films des années 30 (période britannique parlante) et années 40 (débuts américains), à savoir mon ère de prédilection, forment un tout qui fait figure de référence.

Le style de Hitchcock : en me limitant aux années 30 et 40, que je connais mieux, on retrouve chez le cinéaste britannique une véritable marque de fabrique. Si le suspense n’est pas encore aussi abouti que quelques années plus tard, Hitchcock est à la foi novateur et ancré dans son époque : j’ai un coup de cœur pour l’atmosphère très anglaise de The 39 Steps ou The Lady Vanishes, tandis que ses premiers films américains sont des précurseurs du film noir.

« Revue générale » : A l’exception notable d’Ingrid Bergman, qui possède un charisme quasiment physique, j’ai souvent eu l’impression que les premiers rôles féminins étaient un peu fades chez Hitchcock. Probablement à cause de la propension de celui-ci à dépeindre des blondes froides, distantes et en danger permanent. Même les stars masculines qui se succèdent ne me paraissent pas si transcendantes ! Il faut dire que tous ces personnages semblent souvent les jouets du destin, alias Hitchcock lui-même, et cela valorise évidemment ses films. Et puis, il sait mettre en valeur les beautés féminines, de Madeleine Carroll à Kim Novak en passant par Margaret Lockwood. Alors...

« Décorations »

Au terme de sa revue, le Général Yen honore les trois meilleurs films du réalisateur…

Ordre du Général : Rebecca (1940). Peut-être le plus beau film de Hitchcock, esthétiquement parlant ; l’ambiance gothique oppressante et mystérieuse, matérialisée par le manoir et une gouvernante inquiétante, semble vouloir comme avaler une Joan Fontaine scintillante.

Croix de Yen, 1ère classe : Shadow of a Doubt (1943). Celui-ci est peut-être le plus abouti, sur sa forme comme sur le fond, et je n’ai pas grand-chose à redire à cette petite merveille de huis-clos familial dans une petite ville provinciale. A noter, l’un des meilleurs rôles de la jeune Teresa Wright.

Croix de Yen, 2ème classe :  Spellbound (1945). Un thriller psychanalytique profond, intéressant et rondement mené, dominé par une Ingrid Bergman en forme en doctoresse inquisitrice.


N°4 : Preston Sturges, génie de la plume


J’ai beaucoup d’admiration pour Sturges, et même s’il s’agit de celui des cinq dont j’ai vu le moins de films, son talent inimitable d’écriture (des scénarios et des dialogues) et son esprit doué pour un humour fin et rempli de références en font l’un des cinéastes les plus brillants de l’Âge d’or.

Le style de Sturges : scénariste à succès devenu réalisateur génial, Sturges n’a pas son pareil pour concocter des comédies hilarantes, en créant une sorte de cinéma post- « screwball comedies » (comédies loufoques), renouvelant un genre qui a eu son heure de gloire à la fin des années 30.

« Revue générale » : Sturges met en valeur ses acteurs, tenez-le-vous pour dit. Car oui : il a réussi à me faire apprécier Joel McCrea (Sullivan’s Travels). Joel McCrea ! De même, Eddie Bracken parait être un génie comique dans Hail the Conquering Hero. Quant à Barbara Stanwyck, elle a rarement été aussi brillante que dans The Lady Eve… Mais ça, ce n’est pas une surprise !

« Décorations » 

Au terme de sa revue, le Général Yen honore les trois meilleurs films du réalisateur…

Ordre du Général : The Lady Eve (1941). Parodie complexe du mythe biblique d’Adam et Eve, ce film permet à Sturges de faire preuve de toute sa subtilité légendaire. Les références sont nombreuses, l’humour caustique est dégainé avec charisme par Barbara Stanwyck et l’ensemble est une grande réussite.

Croix de Yen, 1ère classe : Hail the Conquering Hero (1944). Moins fin que le précédent, mais encore plus drôle, celui-ci valorise le comique de situation en mettant en scène un anti-héros qui devient à son corps défendant la coqueluche de sa ville natale.

Croix de Yen, 2ème classe : Sullivan’s Travels (1941). La référence est cette fois dirigée vers Gulliver, et le registre est légèrement différent puisque s’il s’agit bien d’une comédie, on glisse ici vers la satire sociale. McCrea est brillant est Veronica Lake captivante dès qu’elle apparait à l’écran.


N°3 : Rouben Mamoulian, virtuose visionnaire


Contrairement à Sturges, Rouben Mamoulian brille moins par ses scénarios que par son prodigieux sens de l’art de la mise en scène, surtout si l’on considère l’époque de ses plus grands films : le tout début de l’ère du cinéma parlant, les années 31-33, une époque où les réalisateurs tentaient plus d’apprivoiser le son et d’intégrer des dialogues à leurs films que d’innover en matière d’image. Quand l’on voit que certains de ses films font encore figure de références aujourd’hui, on ne peut que constater l’avance qu’avait ce cinéaste sur son temps.

Le style de Mamoulian : touche à tout, Mamoulian a brillé aussi bien dans la comédie musicale que dans le drame historique ou le fantastique. Fort pour rendre son sujet divertissant, il n’hésite pas à user de sa caméra de diverses manières pour proposer plans suggestifs (« la scène de la jambe » de Miriam Hopkins dans Dr. Jekyll and Mr. Hyde), comiques (la poursuite du faon dans Love Me Tonight) ou énergiques (le plan sur les roues du train dans le finale de Love Me Tonight, l’entrée en scène de Garbo dans Queen Christina).

« Revue générale » : Avec lui, les acteurs sont à la fête. Difficile de ne pas être conquis par Greta Garbo dans Queen Christina ou Fredric March dans Dr. Jekyll and Mr. Hyde. Même les seconds rôles sont à la fête malgré un temps d’écran limité, comme les séduisantes Miriam Hopkins dans Dr. Jekyll et Myrna Loy dans Love Me Tonight.

« Décorations » 

Au terme de sa revue, le Général Yen honore les trois meilleurs films du réalisateur…

Ordre du Général : Love Me Tonight (1932). Comédie musicale fabuleuse, remplie d’astuces techniques provoquant effets comiques ou accélérant le rythme, ce film atteint des sommets.

Croix de Yen, 1ère classe : Queen Christina (1933). La meilleure prestation de Garbo, ce qui suffit à en faire un mythe. Mais il est bien plus que cela avec son grandiose et son délicieux arrière-goût scandinave.

Croix de Yen, 2ème classe :  Dr. Jekyll and Mr. Hyde (1931). Les effets "d'horreur", en particulier le maquillage de Hyde, ont vieilli, mais le tout reste encore aujourd’hui saisissant. L’atmosphère très sombre est finement travaillée et a des références bien européennes…


N°2 : Ernst Lubitsch, prince du raffinement


Il aurait pu être premier. Et il s’en faut de peu. Mais Ernst Lubitsch, l’Allemand à l’œil rieur, n’en reste pas moins pour moi l’un de ces merveilleux conteurs qui jongle avec adresse entre senteurs d’autrefois et audace d’avant-garde. Roi des sous-entendus cachés dans sa mise en scène, ses fameux clins d’œil, Lubitsch m’avait étonnamment laissé de marbre au départ, son univers me paraissant trop froid. Et puis ce fut le déclic : la subtilité de son humour, qui imprègne les dialogues de ses films, n’a d’égale que la subtilité de sa réalisation, où tout semble avoir un sens, une place, pour concourir à l’excellence et laisser une impression de perfection.

Le style de Lubitsch : dans la mise en scène, une opposition de style frappe : intérieurs souvent modernes, anguleux et hauts de plafond, mais extérieurs traditionnels, de carte postale, qu’il s’agisse de Paris, capitale du raffinement chez Lubitsch, de Venise ou de la campagne anglaise. On remarquera une prédilection pour les milieux aristocratiques ou bourgeois, qui sont à la fois objet de désir et de satire : la comédie, qu’elle soit musicale, romantique ou satirique, est reine chez l’Allemand.

« Revue générale » : Tout pour les actrices, ou presque ! Les dames sont chouchoutées, et je dois en grande partie à Lubitsch mon attachement pour Jeanette MacDonald, Margaret Sullavan, Kay Francis et Miriam Hopkins… Côté acteurs, Maurice Chevalier est immanquable dans toutes les comédies musicales lubitschiennes ou presque (mais il faut apprécier son style très franchouillard) et surtout, Charles Boyer est une révélation de comique élégant dans Cluny Brown (là encore avec un certain accent, mais plus distingué). Et puis, pour faire rire Garbo sans accroc, il fallait bien un Lubitsch (Ninotchka) !

« Décorations » 

Au terme de sa revue, le Général Yen honore les trois meilleurs films du réalisateur… (et il précise que le choix n'a pas été sans mal !)

Ordre du Général : The Shop Around the Corner (1940). Le célèbre chef d’œuvre n’a pas pris une ride et possède une saveur toute liée au charme d’une Budapest fantasmée, comme l’Europe d’avant-guerre de manière générale chez le cinéaste allemand.

Croix de Yen, 1ère classe : Cluny Brown (1946). Une excellente surprise, à vrai dire le film qui m’a fait aimer Lubitsch, même s’il se distingue sur de nombreux points des autres grands noms du réalisateur. L’humour est fin, et la naïveté de Jennifer Jones combinée au charisme comique de Boyer font le reste.

Croix de Yen, 2ème classe :  The Love Parade (1929). J’aurais pu citer l’excellent Design for Living (et son ménage à trois ! Quand on parle d’audace…) ou me rabattre vers une comédie musicale plus aboutie comme The Merry Widow, mais j’adore l’aspect très pré-code de celui-ci. Jeanette MacDonald n’a jamais été aussi drôle, elle domine la première partie du film comme une reine, et le tout semble si novateur (1929 !), que j’adhère complètement.


N°1 : William Wyler, roi parmi les cinéastes


Ben-Hur, le mythe des péplums ? C’est lui. Vacances romaines, l’émergence de l’iconique Audrey Hepburn ? C’est lui. Les meilleurs films de la grande Bette Davis ? C’est lui. Ces quelques noms à eux seuls montrent à quel niveau se situe William Wyler dans le panthéon de l’histoire du cinéma. C’est bien simple : je ne compte plus le nombre de ses films que j’ai aimés avant de me dire « tiens, mais c’est un Wyler ! » Et peu à peu, film après film, je n’ai pu que me rendre à l’évidence : si Wyler n’a pas le style le plus fascinant ni le plus identifié, s’il ne possède pas une « patte » comme un Lubitsch, il sait s’entourer de talents et transforme tout ce qu’il entreprend en or.

Le style de Wyler : une atmosphère toujours très finement travaillée, que ce soit dans le genre noir (Wuthering Heights, The Letter), romantique (la belle Rome de Roman Holiday) ou mélodramatique (The Best Years of Our Lives). Tout est mis en œuvre pour créer un film avec sa propre identité (les landes anglaises de Wuthering Heights, le Vieux Sud de Jezebel, la Budapest de The Good Fairy).

« Revue générale » : au-delà de sa maîtrise de l’ambiance de ses films, Wyler reste pour moi celui qui m’a fait apprécier des performances d’actrices comme Bette Davis (le triptyque Jezebel, The Letter, The Little Foxes), Mary Astor (un bon second rôle dans Dodsworth) ou Audrey Hepburn (Roman Holiday), en leur donnant force et féminité, une forme de charme supplémentaire. Il a aussi donné parmi leurs meilleurs rôles à certaines de mes favorites, comme Merle Oberon (Wuthering Heights, These Three) ou Myrna Loy (The Best Years). Idem chez les acteurs, avec Dana Andrews (The Best Years) et Kirk Douglas (le très intéressant huis-clos Detective Story). Je note aussi une prédilection pour le très distingué Herbert Marshall, bien à sa place dans l’humoristique The Good Fairy et excellent face à une diabolique Bette Davis dans The Little Foxes et The Letter.

« Décorations »

Au terme de sa revue, le Général Yen honore les trois meilleurs films du réalisateur…

Ordre du Général : Wuthering Heights (1939). Un chef d’œuvre de réalisation, dans un style gothique et romantique, qui donne un souffle mystérieux et grandiose au roman d’Emily Brontë et sublime les deux anti-héros joués par Laurence Olivier et Merle Oberon.

Croix de Yen, 1ère classe : The Best Years of Our Lives (1946). Le film-modèle des fresques de « retour de guerre », avec un casting au sommet, dirigé de main de maître, et une émotion difficilement égalable.

Croix de Yen, 2ème classe :  The Little Foxes (1941). Le meilleur film de la collaboration avec Bette Davis, un magnifique exemple d’ambiance de « huis-clos à ciel ouvert » dans une petite ville du début du siècle dernier dominée par une famille sans scrupules.

dimanche 22 janvier 2017

PLAIDOYER POUR QUATRE BELLES


Dans la vaste galaxie que constitue l’âge doré du cinéma hollywoodien, j’ai pour cet article jeté mon dévolu sur quatre actrices, toutes plus belles les unes que les autres, mais qui malgré ou à cause de cela, n’en sont pas moins sous-estimées, plongées dans l’oubli ou vues simplement par le prisme de leur seule apparence.

La première d’entre-elles est restée célèbre pour sa voix et son visage adolescent qui a fait rêver des millions de petites filles. La suivante est devenue une star pour avoir simplement crié de toutes ses forces. La troisième est injustement méconnue. Et la dernière est vue plus comme un sex-symbol que comme une actrice.

Or, se souvenir ainsi de ces « quatre belles » n’est certainement pas leur faire justice, tant elles ont déployé à travers nombre de leurs prestations un véritable talent, comique ou dramatique, une capacité à émouvoir ou à séduire le spectateur. Et, surtout, un penchant étonnant à dominer quelques films de toute leur présence, leur charme ou leur charisme. Sans prétendre à l’exhaustivité, j’ai choisi ici de retenir trois à quatre performances pour chacune parmi leurs meilleures, pour illustrer les atouts qui leur sont propres.



DEANNA DURBIN : Rossignol sur un volcan d’allégresse


Revue du Général : Si dans les années 1930 Deanna Durbin est devenue une star planétaire, au sortir de l’enfance, dans des comédies musicales construites autour de son talent de chanteuse, c’est dans les années 1940 qu’elle offre ses performances les plus intéressantes. Possédant une capacité comique folle transmise par un regard pétillant et un large sourire, elle a aussi été capable de sortir de sa zone de confort en trouvant sur le tard un rôle dramatique à sa mesure.


It Started with Eve (1941) : S’il fallait que vous choisissiez un premier film à voir de Deanna, ce serait celui-là. Car tout ce qui fait son charme et son talent, tant comique que musical, y est réuni. Véritable pile électrique de bonne humeur, elle n’est plus adolescente et joue enfin réellement sur le mode de la séduction. Son alchimie avec le « beau-père » joué par Charles Laughton est un régal.

Christmas Holiday (1944) : Dans ce drame à ambiance de film noir, Deanna Durbin interprète un personnage très « femme fatale » (et Gene Kelly son époux, un caïd qui croupit en prison !). Le contre-emploi lui réussit bien, et elle prouve ici qu’elle sait sortir de son registre favori. Cela ne l’empêche pas de chanter : son rôle est celui d’une chanteuse de cabaret ! La jeune Deanna des années 1930 laisse ici la place à une véritable femme, charmeuse et sensuelle, mais qui semble damnée, comme prisonnière de l’amour pour son mari sous les verrous. Son jeu est plutôt statique, mais en conservant sa grâce naturelle elle n’en est que plus touchante, en particulier dans le finale.

Lady on a Train (1945) : Film basé sur l’intrigue classique à l’époque du héros (comique) qui mène l’enquête en détective amateur, Lady on a Train offre l’un de ses meilleurs rôles à une Deanna Durbin à l’apogée de sa féminité séductrice et affirmée. Toujours aussi drôle par ses mines caractéristiques, qui ne sont plus du tout enfantines, elle se paye le luxe de dominer de bout en bout le film par son charisme d’enquêtrice déterminée, maligne, mais maladroite.



FAY WRAY : Reine des cris, princesse de l’image


Revue du Général : Première et immortelle « scream queen » d’Hollywood grâce à son rôle mémorable de blonde hurlante dans King Kong (1933), mais aussi dans toute une série de films d’horreur des années 1930, plus ou moins réussis, Fay Wray m’a totalement conquis pour d’autres rôles. Plus que sa capacité vocale, ce qui frappe chez elle est l’immense impression que dégage son jeu physique, non parlé, déjà à son zénith au crépuscule de l’ère du muet. Malgré le peu de chefs d'oeuvre à son actif, la voir à l'écran est toujours gage de qualité...


The Wedding March (1928) : Ce film, l’un des derniers « grands » du cinéma muet, est excellent, élégamment réalisé (la Vienne de la Belle-Epoque), et met en valeur son acteur principal (en somme : c’est du Stroheim !). Mais ce n’est pas tout : lotie d’un personnage très « jeune première » énamourée de Stroheim, Fay Wray livre ici probablement la meilleure prestation de sa carrière. L’expressivité de son visage est sublime, exprime aisément admiration, joie et peur (déjà !), ce qui convient parfaitement au muet.

Ann Carver's Profession (1933) : J'aurais pu prendre ici dix mille captures d’écran tellement Fay adopte dans chaque scène une attitude ou une mine remarquable. Certes, le film est très daté, mais son rôle de femme active est moderne et empreint d’une fraîcheur qu’elle matérialise à l’écran par son jeu, encore une fois, d’une grande expressivité. Fay Wray maîtrise parfaitement l’image et son impact visuel est un immense atout pour le film, qu’elle saupoudre ici d’un certain charisme assez réjouissant…

The Affairs of Cellini (1934) : Un second rôle surprenant au premier abord, mais à bien y regarder, une performance remarquable. Fay Wray joue une jeune fille niaise et sans esprit qui est courtisée par les personnages principaux. Son innocence extrême est rendue par l’actrice d’une manière si spontanée qu’elle déboussole les protagonistes masculins, non moins émoustillés, et qu’elle en devient irrésistiblement comique pour le spectateur.

It Happened in Hollywood (1937) : Comme entre autres The Artist, ce film raconte les difficultés d’une vedette du muet (un héros de westerns) pour obtenir le succès dans le parlant. Sans être un chef d’œuvre, il permet à Fay Wray de dominer chacune de ses scènes dans le rôle de l’actrice qui, elle, monte en gamme avec l’arrivée du parlant, alors même que son temps d’écran est (trop) limité. Son émotivité sert le propos du film, d’autant qu’elle l’accommode d’une prestance sereine qui ajoute à sa beauté élégante, rarement aussi frappante.



JEAN PETERS : Charisme unique et impromptu


Revue du Général : La principale raison de sa faible notoriété est la durée de sa carrière (1947-1954). Et pourtant, la sensuelle brune Jean Peters a su développer sous son charme discret un fort potentiel de « charisme contenu » (qui me rappelle un peu celui de Deborah Kerr, la spécialiste), malheureusement trop peu exploité par Hollywood. Elle laisse néanmoins derrière elle quelques perles, qui toutes sont emplies d'une certaine originalité.


Anne of the Indies (1951) : Dans un rôle étonnant de femme pirate, qui avait tout pour faire trébucher n’importe quelle actrice, Jean Peters s’impose comme une révélation. Non seulement elle est crédible en flibustière, mais en plus elle fait preuve d’un réel charisme de meneuse d’hommes. Elle commande d’une grosse voix, est impitoyable avec les équipages capturés et adopte une démarche très masculine. Le plus remarquable est qu’elle parvient à faire cohabiter cette prestation démonstrative et quasi virile avec des raisonnements et une sensibilité bien plus féminins, sans pour autant faire perdre à son personnage son aura de pirate. Une prestation bien rare pour l’époque.

Niagara (1953) : Film qui permet à Marylin Monroe de briller par son jeu, Niagara donne l’occasion à Jean Peters de prendre le contre-pied de la blonde glamour et fatale, en petite brune dynamique et inquisitrice. Elle parvient à tirer le meilleur d’un rôle a priori assez limité (qui aurait pu se limiter à celui, très conventionnel, de la « brave fille » inintéressante) en donnant à son personnage le caractère nécessaire pour elle aussi dominer ses partenaires masculins. Son regard « spécial Jean Peters » est déployé à merveille et pétille d’intelligence et de défi. Difficile de lui préférer Marylin (pourtant volcanique), ce qui est en soi un petit exploit !

Pickup on South Street (1953) : Coup de cœur personnel, la meilleure prestation de Jean Peters est aussi un coup de maître. Ultrasensuelle (en particulier dans la scène du début du film qui a lieu dans un métro bondé), elle capte l'attention d'un regard hypnotique, charme à la façon d'une femme fatale vénéneuse et populaire, et offre une alchimie intense avec Richard Widmark, qui délivre lui aussi une excellente partition.



LANA TURNER : De voluptueuse à vénéneuse


Revue du Général : Sex-symbol à la vie mouvementée, Lana Turner souffre de la « malédiction des belles », auxquelles on ne concède pas d’autre talent que celui de plaire par leur seul physique. Avatar de Jean Harlow ou, à sa suite, de Marylin Monroe, qui sont mieux appréciées qu’elle, elle a pourtant réussi à élaborer par son jeu d’étonnants profils de personnages. Que l’on parle d’une séductrice frivole, d’une femme fatale ou d’une courtisane intrigante, toutes le sont « à la Lana Turner », à savoir un savoureux mélange de regards séducteurs ou innocents, de sourires équivoques ou déterminés, le tout sous le couvert d’une attitude souvent froide et indolente qui fait tout son charme.


Slightly Dangerous (1943) : Dans cette comédie où elle incarne une jeune vendeuse qui se fait passer pour la fille amnésique d’un millionnaire, Lana offre une prestation qui tient tantôt d’une Marylin Monroe (la capacité de séduction frivole assumée), tantôt d’une jeune Barbara Stanwyck (la scène du début où elle affronte son nouveau patron, qui tombe sous son charme). Elle domine ici son sujet (et les hommes !) comme rarement dans sa carrière. En revanche, le film s’essouffle sur la fin. Dommage.

The Postman Always Rings Twice (1946) : LE rôle mythique à retenir de Lana Turner. Certes, elle souffre de la comparaison au début du film avec les grandes femmes fatales du film noir, quoique son apparition quasi divine laissant sans voix John Garfield vaille son pesant d’or. Mais elle se reprend dans la deuxième partie en stupéfiant le spectateur avec un mélange d’indifférence froide, d’érotisme latent et de défiance dans le regard, qui, conjugué avec l’excellente prestation de Garfield, permet au film de figurer parmi les classiques du genre.

The Three Musketeers (1948) : Lana Turner est Milady de Winter. Après avoir vu ce film, c’est l’évidence même. Sur un style de jeu « turnerien » maintenant bien maîtrisé (froideur travaillée pour accroître son aura, malice dans le regard, séduction érigée en arme) et qui correspond parfaitement à l’une des plus grandes « méchantes » de la littérature, elle semble mystifier ce pauvre Gene Kelly en D’Artagnan, inexorablement pris dans ses filets. Ce rôle aurait pu être mieux valorisé en lui donnant plus de temps d’écran, mais Lana brille suffisamment par son charisme discret pour convaincre.

The Bad and the Beautiful (1952) : Ses rôles des années 1950 sont plus mélodramatiques et me conviennent moins, cependant elle reste la bonne surprise de celui-ci, signé Minnelli, qui est avant tout un morceau de bravoure de Kirk Douglas, impressionnant en producteur de films prêt à tout pour parvenir à ses fins. Jouant une actrice manipulée et désillusionnée, elle apporte à son rôle une émotion juste et vraiment troublante, qui donne de la force au film en faisant contrepoids au personnage de Douglas, monstrueux.


vendredi 30 décembre 2016

LORETTA YOUNG, L’ÉTOILE DES INFORTUNÉS


Ce qui marque le spectateur en premier chez Loretta Young (1913-2000), ce sont ses yeux. De grands yeux clairs qui sont les perles d’une beauté précoce qui, adolescente, donnait déjà la réplique, si l’on peut dire, au monstre sacré du muet qu’était Lon Chaney. Ce regard, Loretta Young l’a cultivé, tantôt pour dénoter la naïveté réjouissante de personnages à l’âme innocente pris dans l’engrenage du destin, tantôt pour accentuer la satisfaction de la belle allumeuse réussissant à prendre une proie dans ses filets. Et cela n’est jamais tant visible qu’au début de la carrière de l’actrice, quand l’époque (la Grande Dépression), l’ère du cinéma en cours (la période Pré-Code), des réalisateurs inspirés (Wellman, Borzage) et son talent se sont donnés rendez-vous pour créer une étoile dans un univers et une atmosphère à la fois réalistes et poétiques, cruels et chaleureux.


Midnight Mary, la complainte d’une fille brisée


VF : Rose de minuit. Un film de William A. Wellman (1933), avec Loretta Young, Franchot Tone, Ricardo Cortez et Una Merkel.

L’histoire : Alors qu’elle attend le verdict de son procès, une jeune femme se remémore sa vie difficile et les événements qui l’ont conduite devant les jurés.

Evidemment. La première chose d’elle que le film montre, c’est son regard. Mais qui se cache derrière ces yeux brillants ? Son apparence policée va peu à peu laisser entrevoir puis dévoiler la déchirure que fut la vie d’une femme que le destin n’aura pas épargnée, mais que tous ses malheurs rendront plus forte. Un personnage peu évident à interpréter, et auquel Loretta Young va donner corps avec sa patte unique de subtilité.

Le titre français comme l'américain sont dans le vrai en marquant Midnight Mary du sceau des ténèbres, mais de ténèbres délicates. La part sombre du film, c’est la cruauté du milieu où évolue la protagoniste, Mary, un milieu hanté par des gangsters bien apprêtés qui semblent offrir un sort plus enviable à cette jeune fille en quête de stabilité que le chômage et la rue d’une ville inquiétante.

Mais dans cet univers macho très wellmanien, sublimé par une mise en scène parfaite (excellents cadrages, plans fixes sur Loretta, atmosphère sombre, symbolique de chaque détail dans les scènes pivots), l’ultrasensuelle Mary se bat avec ses armes et surtout sa détermination pour s’en sortir. La candeur apparente de Loretta offre un contraste saisissant avec les actions courageuses de son personnage, paradoxe que l’actrice résout grâce à son jeu nuancé, alternant séduction effrontée et charme sincère, calcul opportuniste et effort désintéressé, donnant une cohérence d’une grande subtilité à l’œuvre. La fragilité de son apparence ne met que mieux en valeur la force de son caractère.


Man’s Castle, poésie de la pauvreté ordinaire


VF : Ceux de la zone. Un film de Frank Borzage (1933), avec Loretta Young et Spencer Tracy.

L’histoire : Une jeune femme errant sans le sou est recueillie par un homme débrouillard et tout aussi pauvre, puis apprend à vivre avec lui dans le bidonville qui lui sert de point d’attache. 

Ce film constitue en lui-même un petit miracle : à caractère « social », il parvient à dépeindre l’existence misérable d’un couple de sans-abris avec un optimisme ardent, porté par les deux personnages : lui enjolive le campement de fortune qui constitue leur foyer, elle a littéralement foi en lui, qu’elle regarde avec dévotion et une ferveur quasi religieuse.

Man’s Castle est porté à bout de bras par deux éléments qui, s’ils étaient de moindre qualité, nous laisseraient un produit plutôt ennuyeux : une réalisation épurée, simple et authentique, qui doublée d’une bande-son adaptée confère au film un romantisme poétique ; et un couple d’acteurs en osmose parfaite, entre un Spencer Tracy dur à cuire, plein de défauts, mais généreux et tendre, et une Loretta Young en mode femme au foyer travailleuse, pleine d’espoirs et qui constitue un véritable socle sur lequel son homme peut se reposer.

Si Spencer Tracy joue la partition la plus remarquée, à juste titre, Loretta est dans ce film une fabuleuse étoile qui brille de toutes ses forces, et sans qui le résultat serait bien terne. Sa sensibilité contraste avec la virilité de Tracy, et sa capacité à émouvoir est à son optimum, en particulier dans cette scène où ils se tiennent un dialogue existentiel, lui allongé sur le lit, sous la fenêtre du toit ouverte, elle accoudée à la charpente et regardant le ciel. Je ne sais pas si une actrice a jamais été aussi charismatique dans son silence que Loretta à cet instant. Il faut dire que les paroles philosophiques d’un Tracy inspiré aident au charme du moment…


Born to Be Bad, la vertu de la pécheresse


Un film de Lowell Sherman (1934), avec Loretta Young et Cary Grant.

L’histoire : Une jeune mère s’amuse à manipuler les hommes pour vivre, et élève son fils seule en lui inculquant des principes très peu éthiques. Elle va jusqu’à l’utiliser pour tenter d’escroquer un homme aisé et bien intentionné, mais constituant une proie trop facile pour cette séductrice…

Avec Born to Be Bad, nous voilà dans le cinéma de l’ère Pré-Code le plus typique, avec une héroïne en petite tenue qui fume à tout bout de champ, mangeuse d’hommes, aux valeurs morales pour ainsi dire bien peu chrétiennes, et qui élabore des stratagèmes tous aussi tordus les uns que les autres pour gagner de l’argent ou garder son fils auprès d’elle. Il va sans dire qu’un tel personnage est passionnant à voir évoluer (et à voir réussir dans ses machinations !), d’autant qu’il est interprété par une Loretta Young en pleine forme.

Car Loretta fait le film à elle toute seule, et ce n’est pas un jeune Cary Grant maigrichon qui va se mettre en travers de son énergie charismatique. En deux tours de main, le voilà pris par le charme vénéneux d’une actrice qu’on a eu bien tort de cantonner à des rôles « calmes », quoique très réussis, quand l’on voit le résultat volcanique ici. Quand bien même, comme on l’a vu dans les paragraphes précédents, elle est excellente dans des jeux de sensualité candide ou discrète, elle parait métamorphosée dans Born to Be Bad, et son charme un peu « canaille » n’est pas sans rappeler la capacité de séduction de Barbara Stanwyck dans BabyFace (!), voire l’explosivité de Jean Harlow dans Red-Headed Woman (!!).

Dans la fin du film, l’actrice réussit même un tour de force en enchaînant des scènes qu’elle domine de la tête et des épaules, tout en contrastant son jeu en apportant à son (anti-)héroïne la touche d’humanité bien dosée qui achève de nous mettre de son côté.


Et aussi…

- Platinum Blonde (1931), de Frank Capra, avec Jean Harlow et Robert Williams : voir aussi ici ; un joli second rôle, qui ne vaut pas les prestations de Harlow et surtout de Williams dans ce film réussi. Mais il donne à voir comment un réalisateur pouvait utiliser à dessein le charisme physique de ses actrices (et Capra est un spécialiste, revoyez tous ses films avec Barbara Stanwyck), en témoigne ici le pouvoir d’attraction de la beauté « mignonne » de Loretta, filmée en opposition totale avec celle de Jean Harlow, plus sexy et envahissante.

- Employees’ Entrance (1933), de Roy Del Ruth, avec Warren William : vous pouvez vous reporter à cet article, plus détaillé. C’est l’un de mes films préférés de Loretta, dont le personnage offre tour à tour des démonstrations de naïveté (toujours joliment amenée) et des touches d’absence de scrupules (il faut bien vivre !), qui rendent cette jeune fille bien attachante, dans un film cependant dominé par la présence de Warren William en patron omnipotent.

- Zoo in Budapest (1933), de Rowland V. Lee, avec Gene Raymond : là encore, la poésie de la réalisation crée un climat « hors du temps » autour des personnages. On retrouve le schéma de la pauvrette qui aurait bien besoin d’une main secourable. Le charme de la Loretta innocente joue à plein.

- Ladies in Love (1936), de Edward H. Griffith, avec Janet Gaynor, Constance Bennett, Simone Simon : un scénario moralement daté, mais la fraîcheur de chacune des quatre protagonistes, parmi lesquelles brille une Loretta naturellement plus charismatique, emporte l’adhésion, d’autant que le choix de Budapest (encore !) comme lieu du film rappelle quelques pépites.


Sans oublier, plus tard…

- A Night to Remember (1942), de Richard Wallace, avec Brian Aherne : un sommet de comédie remplie d’humour noir, où le couple de détectives amateurs Young / Aherne est non seulement en symbiose mais rivalise qui plus est de répliques et de gestes tous plus drôles les uns que les autres. Un je-ne-sais-quoi de déjà-vu cependant.

- The Farmer’s Daughter (1947), de H. C. Potter, avec Joseph Cotten : le rôle de fille de paysans suédois, femme de chambre propulsée politicienne, qui a valu à Loretta Young un Oscar. Certainement pas son plus grand rôle, mais reconnaissons quand même que derrière les bons sentiments à foison, le film est très divertissant. L’actrice parvient à donner la dose de crédibilité suffisante pour passer un bon moment, d’autant que son charme est toujours aussi puissant, et sa capacité à faire rire et à émouvoir également. Le fleuron de la deuxième partie de carrière d’une Loretta désormais beaucoup plus sage que dans ses vertes années Pré-Code.



lundi 12 décembre 2016

TOP 5 : BETTE DAVIS


Bette Davis (1908-1989) est pour moi une actrice bien singulière. A juste titre l'une des plus célébrées de l'âge d'or, elle s’est spécialisée dans un type de cinéma mélodramatique qui, s’il reste de qualité, n’est pas tout à fait ma tasse de thé (et je m’y connais !). Mais même sans être son plus grand fan, j'ai eu envie de lui rendre ici un hommage appuyé, en mettant l'accent sur ses cinq performances qui m'ont tout particulièrement transporté. Avant tout, Bette Davis a eu la chance et l’opportunité de tourner avec un réalisateur qui est l’un de mes favoris, car il est passé maître dans l’art de sublimer l’atmosphère de ses films et d’obtenir le meilleur de ses actrices : William Wyler. Plus généralement, Bette ne me plaît jamais tant que dans un univers où elle peut canaliser son charisme au service de l’ambiance façonnée par le cinéaste ou créer une alchimie avec des partenaires masculins à son niveau. 


N°5 : Judith Traherne dans Dark Victory


VF : Victoire sur la nuit. Un film d’Edmund Goulding (1939), avec Bette Davis, George Brent, Geraldine Fitzgerald et Humphrey Bogart.

Son histoire : Une jeune héritière pleine de joie de vivre se voit diagnostiquer une tumeur au cerveau. Après l’opération chirurgicale, son médecin lui cache la vérité sur sa condition afin qu’elle puisse mener sa vie comme auparavant…

Pourquoi elle est n°5 : J’attendais plus de Dark Victory, qui aurait pu être un chef d’œuvre et se repose un peu trop sur la force émotionnelle de son actrice principale. Néanmoins, Bette Davis brille de tous ses feux dans ce film, l’un de ses plus célèbres. Sa prestation comporte la « spéciale Bette Davis », qu’on retrouve dans ses meilleurs rôles, et qui consiste à donner au caractère de son personnage des facettes antinomiques avec un naturel désarmant. Ici, elle fait cohabiter gaieté et mélancolie, force mentale et faiblesse physique, avec la plus grande subtilité. Dans d'autres films, on trouvera plutôt des personnages malfaisants et pourtant attachants ou fascinants…

Le film en bref…

Les plus :                                                            Les moins :
Une forte intensité émotionnelle ++                     Le scenario peu travaillé -
La finesse d’interprétation de Davis ++                 Un jeu larmoyant parfois trop forcé -


N°4 : Gabrielle Maple dans The Petrified Forest


VF : La forêt pétrifiée. Un film d’Archie Mayo (1936), avec Bette Davis, Leslie Howard, Humphrey Bogart et Genevieve Tobin.

Son histoire : Dans un petit relais-restaurant isolé au beau milieu du désert, un voyageur sans le sou fait étape et rencontre la fille du tenancier, une jeune femme rêveuse et idéaliste, alors qu’un bandit notoire récemment échappé de prison rode dans les environs…

Pourquoi elle est n°4 : D’abord parce que ce film est une vraie claque. Un huis-clos efficace à l’ambiance de western, qui bénéficie d’une distribution prestigieuse. Si la palme de la performance revient à un Leslie Howard éblouissant de charisme poétique, la jeune et blonde Bette Davis n’est pas en reste et produit ce qui est alors (en 1936) selon moi son sommet. Sa prestation possède un atout unique dans sa filmographie : à l’unisson de Howard, qui était déjà à son avantage à ses côtés en 1934 dans Of Human Bondage, elle dégage une vigueur inattendue dans un rôle de jeune fille innocente. Il émane d'elle une forme de beauté singulière et timide, un charme mélancolique que je ne lui avait jamais vu (et ne lui ai jamais revu depuis) et qui lui va à ravir.

Le film en bref…

Les plus :                                                            Les moins :
Des acteurs au sommet +++                                 Une intrigue peu originale -
Un huis-clos haletant +++                               
Mélancolie et idéalisme au rendez-vous +                              


N°3 : Julie Marsden dans Jezebel


VF : L’insoumise. Un film de William Wyler (1938), avec Bette Davis, Henry Fonda, George Brent et Margaret Lindsay.

Son histoire : Dans la Louisiane d’avant la Guerre de Sécession, une jeune femme au tempérament fougueux et indépendant se fâche gravement avec son fiancé. Elle se met alors en tête de le reconquérir.

Pourquoi elle est n°3 : La première collaboration entre Bette Davis et William Wyler accouche d’une véritable pépite. Car même si tout n’est pas parfait à mon goût, ce portrait de « Southern Belle », un an avant Autant en emporte le Vent, est un vrai tour de force : jeune femme irritable façon Scarlett O’Hara, Julie n’en a pas la force quasi-mystique, et c’est tant mieux : son personnage n’en est que plus réaliste. Bette déploie toute son aura pour séduire son public avec un personnage pourtant assez antipathique, et pour bâtir une romance tempétueuse, donc captivante, avec Henry Fonda. Sa performance s'essouffle cependant dans la fin du film, qui se concentre moins sur la personnalité de Julie et plus sur des événements sur lesquels elle n’a pas de prise. La preuve néanmoins que Wyler sait la mettre en valeur dans un bon drame d'époque.

Le film en bref…

Les plus :                                                            Les moins :
Le couple Davis – Fonda ++                                  Une 2e partie en demi-teinte --
Un personnage au “charme” antipathique ++                    


N°2 : Leslie Crosbie dans The Letter


VF : La lettre. Un film de William Wyler (1940), avec Bette Davis, Herbert Marshall, James Stephenson et Gale Sondergaard.

Son histoire : En Indonésie, dans une plantation, une femme abat un homme au cœur de la nuit. Elle invoque la légitime défense pour expliquer son geste. Alors que tous sont portés à la croire sur parole, son avocat semble garder un soupçon…

Pourquoi elle est n°2 : Je reprends ici mon avis de l’article consacré aux meilleures actrices de l’année 1940, auquel vous pouvez vous reporter pour une analyse plus approfondie. Dans ce film, William Wyler réussit encore une fois des miracles, et sublime une deuxième fois Bette Davis grâce à une excellente mise en lumière, et ce au propre comme au figuré : les éclairages au clair de lune de début et de fin sont sublimes. Davis nous gratifie ici de mines glaciales pourtant non départies d’humanité, du haut d’un regard empli d’une expressivité intense. Un immense charisme qu’elle met au service d’une intrigue bâtie sur le doute et la suspicion.

Le film en bref…

Les plus :                                                            Les moins :
Une ambiance précurseur du film noir +++                               
La subtilité du jeu de Bette Davis ++                              


N°1 : Regina Giddens dans The Little Foxes


VF : La vipère. Un film de William Wyler (1941), avec Bette Davis, Herbert Marshall et Teresa Wright.

Son histoire : Dans le Vieux Sud du début du 20ème siècle, Regina et ses deux frères tentent d’assouvir leur ambition et leur cupidité par tous les moyens. Pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à manipuler ses proches, à commencer par sa propre fille, la naïve Alexandra.

Pourquoi elle est n°1 : Pour le sommet de la collaboration Wyler – Davis que constitue ce grand mélodrame somptueux situé dans l’antre d’un clan familial du Vieux Sud, et la performance de l’actrice, en tous points fabuleuse. Comme j’ai déjà pu le décrire plus en détails dans un article précédent, le personnage de Bette, Regina, est un modèle de femme calculatrice, au charisme serein et dévastateur. Le jeu de dupes avec ses frères et sa relation vipérine avec son mari et sa fille sont des monuments. S’il ne tenait qu’à moi, Bette Davis n’aurait joué que des personnages machiavéliques : les interpréter est une telle réussite !

Le film en bref…

Les plus :                                                            Les moins :
La mise en scène inspire de Wyler +++                 Quelques petites longueurs -
L’opposition Bette Davis – Herbert Marshall ++
Une Regina pleine de duplicité ++