samedi 2 août 2014

DOUBLE INDEMNITY – Assurance sur la mort


























Réalisation : Billy Wilder

Scénario : Billy Wilder et Raymond Chandler, d'après le roman de James M. Cain
Société de production : Paramount Pictures
Musique : Miklós Rózsa
Genre : Film noir
Durée : 107 min
Date de sortie : 6 septembre 1944 (USA)
Casting :
Barbara Stanwyck : Phyllis Dietrichson 
Fred MacMurray : Walter Neff
Edward G. Robinson : Barton Keyes


L’HISTOIRE

Agent d’assurances, Walter Neff se remémore sa rencontre avec une cliente, la séduisante Phyllis Dietrichson, et, se confiant à son patron Barton Keyes via un dictaphone, il raconte comment il en est venu à planifier avec elle l’assassinat de son propre époux…

L’AVIS DU GENERAL YEN

Double Indemnity est un classique du film noir, genre que j’apprécie beaucoup, et qui reviendra souvent sur Films-Classiques. Le terme de film noir apparaît en 1946 en France, quand est diffusée simultanément une série de films sortis quelques années auparavant aux Etats-Unis et partageant un style semblable : The Maltese Falcon, Murder, my SweetThe Woman in the Window, Laura et Double Indemnity.  Le terme s’est vite popularisé outre-Atlantique, et est désormais associé à de nombreux films des années 40-50, dont l’archétype répond en principe aux critères suivants : le crime est raconté du point de vue du meurtrier, une femme fatale entraîne le héros dans sa chute, la mise en scène sombre reflète la psychologie des personnages. On retrouve tous ces éléments dans Double Indemnity, ce qui en fait le film noir par excellence.

Ce film bénéficie dès le départ d’une association de talents qui ne pouvait faire que des étincelles : le récit est tiré d’un roman de James M. Cain, l’auteur célébré du Facteur sonne toujours deux fois et de Mildred Pierce ; Billy Wilder, scénariste de Ball of Fire (un film très apprécié sur ce blog) et futur réalisateur de Sunset Boulevard, s’est adjoint dans l’écriture du scénario l’écrivain Raymond Chandler, le maître du roman noir, « père » du détective Philip Marlowe, que l’on retrouve dans The Big Sleep (adapté à l’écran en 1946 avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, excusez du peu).

Le film replacé dans son contexte, il est temps de vous expliquer les raisons qui me font placer ce film au sommet du cinéma hollywoodien.


Points forts

Pour un amateur de films noirs comme moi, Double Indemnity regorge d’atouts. Commençons par la distribution : si Edward G. Robinson était un habitué du genre, il n’en était rien pour Fred MacMurray et Barbara Stanwyck, qui ont accepté de casser leur image de héros moralement bons pour incarner à ma plus grande joie le « couple infernal » de ce film.

Incarnant un véritable anti-héros, peu scrupuleux à souhait, Fred MacMurray est parfait dans son rôle. Son personnage mène le récit de bout en bout grâce à cette voix-off, qui hante le film d’un ton posé et grave. Le film étant un long flashback, Walter Neff nous embarque dans les méandres de sa mémoire, et passe en revue sa réaction penaude face à l’apparition de Phyllis sortant du bain (comme quoi, ça n’est jamais bon signe), ses doutes quant aux allusions à peine subtiles de celle-ci, ses motivations qui le poussent à échafauder un plan machiavélique, sa peur enfin, face au raisonnement « à la Sherlock Holmes » de son patron. La personnalité de Walter Neff est complexe, et MacMurray dévoile avec brio, scène après scène, la nature profonde de son personnage. 


Venons-en à la perf de ce film : Barbara Stanwyck est brillante dans son interprétation de Phyllis Dietrichson. J’appréciais depuis un moment cette actrice, que j’avais vue dans des rôles plus légers dans lesquels elle démontrait déjà tout son potentiel de séduction. J’adore justement chez elle la combinaison gagnante charisme + séduction, qui la rend ici irrésistible en « femme fatale ». Tantôt d’un charme déroutant, tantôt d’un cynisme glaçant, Barbara s’est renouvelée en tant qu’actrice avec ce film, et je ne peux que remercier Billy Wilder pour avoir insisté auprès d’elle pour qu’elle accepte ce rôle. Elle fait ici briller une fois de plus un de ses atouts majeurs : son regard. Ainsi, dans une des scènes les plus marquantes du film, ses yeux expriment un contentement morbide jouissif, impression renforcée par l’esquisse d’un léger sourire… Wonderful !

Quant à Edward G. Robinson en Barton Keyes, le patron de Walter Neff, c’est la justice en marche : il donne au film le « détective » qu’il lui manquait en menant l’enquête pour le compte de sa compagnie d’assurance. Possédant un sens de la déduction que Conan Doyle ne renierait pas (« the little man inside of me tells me… »), Keyes pousse nos héros dans leurs retranchements et magnifie le film en élevant le suspense. En particulier, les dialogues emplis de sous-entendus entre Neff et Keyes sont trépidants et portent la seconde partie du film.



Outre le scénario, brillant et efficace, ce film vaut le détour pour la qualité de sa mise en scène et son ambiance. On est là dans le film noir typique, et cela se voit. Des astuces de mise en scène nouvelles à l'époque ont d’ailleurs été reprises mille fois par la suite. Pour conférer au film son atmosphère sombre et oppressante, le directeur de la photographie, John F. Seitz, a par exemple fait usage des stores vénitiens pour donner l’illusion que nos héros sont comme prisonniers au moment où ils sont filmés. Comme si ce qu’ils venaient d’accomplir les liait un peu plus à leur destin. J’aime tout particulièrement l’usage qui est fait du contraste lumière / obscurité. D’une scène à l’autre, on passe d’un extérieur ensoleillé et apparemment idyllique à un intérieur filmé dans sa pénombre inquiétante : la mise en scène révèle ainsi que, sous une surface attrayante, la réalité est bien plus rotten (pourrie), pour reprendre une célèbre réplique du film. Des jeux de clair-obscur apparaissent également au sein d’un même plan : des ombres semblent parfois jaillir de l’image, reflétant les émotions et les sentiments des personnages.

Mention spéciale enfin à la musique de Miklós Rózsa, qui sublime le film et ses moments clés en particulier. Au générique, l’image d’une silhouette à béquilles qui s’avance vers nous au son d’une mélodie à suspense est cultissime.


Points faibles… vraiment ?

Plutôt que de m’échiner en vain à trouver des défauts à ce film que je trouve parfait dans son genre, je vais m’attarder sur le reproche fait par la critique : "Good movie... but the wig !" ("Bon film, si ce n'est la perruque"). Ainsi donc, la perruque portée par Barbara Stanwyck semble tellement factice que cela en ferait le principal défaut du film ! Pour moi, c’est au contraire un élément du génie du film. Eh bien oui, Phyllis n’est pas ce qu’elle semble au premier abord, et sa perruque est un indice de sa vraie personnalité. Tout son look a été soigneusement étudié pour pousser l’ambiguïté du personnage à son extrême : elle est séduisante (ah, ce bracelet de cheville…), mais sa coiffure, son maquillage, ses vêtements trahissent une forme de fausseté qui doit nous avertir… Or, le talent de Barbara nous donne presque envie de tomber dans ses filets !


Conclusion

Ce film trône au sommet de tous mes classements, et si vous deviez voir un seul film noir, ce serait celui-là. Je le préfère par exemple au Maltese Falcon ou au Big Sleep, car ce qui pour moi fait d’un film à suspense un chef d’œuvre, c’est une ambiance réussie plus qu’un scénario complexe. Et tout y est dans Double Indemnity. Alors si en plus la femme fatale est mon actrice favorite, cela ne peut qu’atteindre la perfection.


NOTE : 10/10




3 commentaires:

  1. C'est vrai, Double Indemnity est indéniablement un très bon film noir... A voir absolument pour qui veut vraiment connaître le genre !
    La performance de Stanwyck est excellente, tous les personnages sont bons et l'ambiance est très bien rendue : une musique qui captive dès l'entrée, une réalisation soignée qu'on pourrait décortiquer sur chaque scène ou presque, un scénario assez original sur la manière de raconter l'histoire...
    Ensuite je dois dire que j'ai moins apprécié que toi General Yen : j'avoue que je suis moins sensible aux films noirs. Mais je reconnais que je n'ai rien à reprocher au film, c'est une question de goûts et de préférences en fait...

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  2. Je ne suis pas non plus sensible à tous les films noirs... Disons que c'est une affaire d'ambiance réussie et de scénario qui dénote de la masse (en évitant les clichés des films de gangsters par exemple).

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  3. Grand fan de films classiques de l'âge d'or, j'ai découvert ce film il y a peu sur Arte, une intrigue très prenante mais la VF est immonde, les voix et bande sonores françaises sont sourdes presque incompréhensibles, j'ai un ami non anglophone qui l'a regardé et s'est endormi ! A voir obligatoirement en VO, son clair et limpide, mais par défaut c'était en VF car diffusion à 20h50

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